vendredi 13 mai 2011

Chez les Bisounours

Pour ceux à qui cela aurait échappé, je suis fonctionnaire.

Je suis entrée dans la fonction publique un peu par hasard (il y avait de la lumière, enfin, surtout du boulot), et je me suis fait titulariser après 4 ans et demi de CDD, en ayant la conviction de faire le bon choix.

Il faut dire que ma première affectation avait du panache : établissement public de renom, équipes hyper compétentes, thématiques pointues, collègues souvent référents internationaux dans leurs domaines, ambiance studieuse et rieuse, motivation à tous les étages.

Bien sûr, dans cette grosse machine, obtenir une quelconque reconnaissance pour le travail accompli relevait d'une utopie (entre l'existence des licornes et celle d'un monde sans FN).

Les effectifs comptaient évidemment quelques cas sociaux, des absentéistes chroniques, des débiles profonds, des dépressifs complètement shootés et hallucinés, errant autour de la machine à café. Mais comme disait le directeur, la fonction publique, c'est aussi ça, gérer les inadaptés sociaux, ceux qui ne trouveraient pas de travail ailleurs, ceux qui sont mieux là qu'en hôpital de jour.
Tout est question de relativité, et ma foi, ceux-ci représentaient moins de 1% de l'effectif.


Pour ma seconde affectation, j'ai fait une incursion dans un de ces organismes satellites dont je parlais hier. Des équipes mixtes fonctionnaires - privés garantissant un environnement multiculturel riche, un positionnement façon start up, petites équipes motivées, structure souple, épargnée par les lourdeurs administratives, mues par l'excitation, l'adrénaline du challenge quotidien,... et le revers de la médaille : une charge de travail démente, des employés très responsabilisés subissant beaucoup de pression, des horaires à rallonge, des congés un poil moins nombreux mais que de toutes façons on n'arrivait pas à prendre.


Pour ma troisième affectation, j'ai eu peur.
Peur de mon retour dans une fonction publique touchée de plein fouet par des réformes pas franchement tendres, peur de me retrouver dans un service de stéréotypes, rongé par les luttes de pouvoir intestines ou dédié à pondre des notes s'auto-alimentant en commande de nouvelles notes.

Il est un peu tôt pour me faire une opinion sur mon nouvel environnement de travail.

Dans mon équipe en tout cas, les gens sont intelligents, compétents, aimables, et drôles, ce qui, en soi, suffirait à mon bonheur.

J'ai définitivement compris que j'étais tombée chez les bisounours quand l'autre soir, à 18h, mon chef a passé sa tête dans l'encadrement de ma porte pour m'inciter à rentrer chez moi puisque je n'avais rien de si urgent à faire (ce qui était vrai)(mais inattendu)(genre j'ai failli tomber de ma chaise).


Alors, au delà de mon envie de me faire pipi dessus de bonheur, deux constats :

1. Ça existe, donc, des gens convaincus que ce n'est pas la durée de la journée qui fait la qualité d'un employé, et qui concilient boulot intéressant + responsabilités + horaires décents.

2. 3ème affectation et toujours pas la trace des hordes de mikado (le premier qui bouge a perdu) qu'on veut bien nous vendre.


PS : Chaque poste présente TOUJOURS au moins UN inconvénient. Je viens de découvrir LE point noir de celui-ci : non seulement on bosse sur Open Office ce qui est une torture en soi, mais en plus les accès internet sont ultra sécurisés : pas de Twitter, pas de sites marchands, pas de blogs, pas de Facebook. Certes dans mon ancien boulot je n'avais jamais le temps d'y aller. Mais c'était rassurant de savoir que, au cas où, le monde restait à portée de main. Là je me sens un peu comme au fond d'une grotte.  Dieu merci j'ai mon téléphone et la 3G est nickel. *soupir de soulagement*

4 commentaires:

Zhu a dit…

Je suis aussi fermement convaincue qu'on peut bosser bien et suffisamment en 8 heures au bureau, et que faire de la présence bêtement ne sert à rien sinon à se faire bien voir.

Le gros point noir au Canada, ce sont les vacances: on n'en a presque pas, deux semaines par an pour la plupart des gens.

Le point positif, c'est que les heures normales de travail, c'est de 9 h à 17 h avec un pause de 30 minutes pour manger. Du coup, quand tu rentres à 17 h, tu peux encore avoir une vie après le travail!

Hortense Blogdel a dit…

je compatis j'ai plus ni réseaux sociaux ni site marchand au boulot non plus. Un iPhone 4 me permet de ne pas me retrouver couper du monde !

Annelise a dit…

'tain, t'avais pas le droit de me dire que les licornes existaient pas...
Et oui, ça existe un patron qui a compris que qualité du travail n'avait rien à voir avec journées à rallonge pour rien...le mien est comme ça, il part toujours avant moi !

Fyfe a dit…

Zhu, oui il me semblait bien que c'était une spécialité française de survaloriser le temps de présence (et d'avoir plein de congés !!)

Hortense Blogdel, ces téléphones nous sauvent la vie en milieu hostile ;)

Annelise, celui là il faut pas le lâcher de patron !