mercredi 31 août 2011

La saga de l'été (3/3)

APRÈS

C'est donc dans le hall de l'immeuble que j'ai récupéré le Crampon, hystérique de joie, hurlant d'incrédules MAMAN! C'EST MAMAN!, et s'agrippant à mon cou comme si sa vie en dépendait.
Grosse, grosse fonte dans ma poitrine. Et rien à voir avec la canicule, promis.

Le Crampon est extatique, Mr PetiteGraine est joie, je suis amour.
Il est 18h30 et nous sommes la famille Bisounours sous acide, c'est l'hystérie collective.

A 19h30, le Crampon a déballé son cadeau, il fait des petits sauts de bonheur. C'est une cuisinière, et nous la construisons ensemble, comme toute famille Bisounours qui se respecte.
Le Crampon découvre qu'elle fait du bruit quand il appuie sur le bouton de la plaque électrique. Il fait des tours sur lui-même.

Puis c'est l'heure du repas.
Mais le Crampon ne veut pas en entendre parler. Il CUISINE.
Nous avons déjà mangé 3 fois de la salade, 4 fois des carottes, et 2 fois des navets. En PELUCHE. Mais cuits avec amour par le Crampon dans son four.

Les pâtes du Crampon, les vraies, pas en peluche, ne parviendront pas à le convaincre de s'asseoir à table.
Soit.
On se doutait bien qu'il serait un petit peu trop excité pour suivre le planning habituel.
Tant pis, il est tellement mignon avec ses casseroles.

Le bain ? Euh non, pas trop non plus.
Bof, ça attendra demain.

Le dodo ? Ah ben c'est pas gagné non plus. Allez, tant pis, on joue encore un peu.

21h30, le Crampon baille entre deux petits cris de joie.

Il faut une bonne demi-heure pour le convaincre de se mettre en pyjama et de se brosser les dents.
Bon.

22h, il est couché.
Je sors de sa chambre, encore débordante d'amour. Quoi de plus attendrissant qu'un enfant qui s'endort ?

22h05, il est debout dans le salon. NON PAS DODO.
... Euuuh, si, dodo ?

Le Crampon n'est plus joie. Il est colère.
Ses jouets volent, il refuse de s'approcher du lit.

Il est l'heure de faire appel à toute notre patience de Bisounours pour négocier, argumenter, convaincre.

Il est 23h30 et le Crampon joue tranquillement dans le salon dans l'indifférence générale. C'est un gros échec pour la méthode d'éducation des Bisounours.

A minuit, les plus de 3 ans ont envie de dormir. Ils sont bien les seuls. Le moins de 3 ans, lui, se met dans une rage folle à la simple évocation de rejoindre sa chambre. Il l'exprime avec force hurlements, et appuie sa position à l'aide de projectiles variés (lunettes de son père, doudou, livre, téléphone).

A minuit et demie, l'esprit des Bisounours s'est exilé quelque part vers la Papouasie Nouvelle Guinée. Reste la fatigue, l'énervement, et l'impatience.
Je suis à deux doigts d'appeler les grands parents pour qu'ils reviennent le chercher.

Je ne sais pas exactement à quelle heure le Crampon a rendu les armes, je suis allée me coucher avant lui, laissant Mr PetiteGraine à ses responsabilités de père (ben quoi ?).




En fait, les enfants, ils te ramènent très vite à la réalité. Les fantasmes d'idéal de vie de couple, ou d'idéal de vie de famille, c'est bon pour Hollywood. La réalité est bien plus trash. Mais je mentirais si je disais qu'elle ne me plaît pas malgré tout, ma vie réelle.
Vous pouvez essuyez votre écran de cette dégoulinade mielleuse qui me sert de conclusion, et retourner à votre vie réelle.

mardi 30 août 2011

La saga de l'été (2/3)

PENDANT

Par un miracle restant à ce jour inexpliqué par la science, j'ai évité le séjour en psychiatrie d'urgence avant la séparation.
Le cœur un peu lourd mais des projets plein la tête, nous avons repris la route de la maison, sans le Crampon.

Première constatation, 800 bornes en voiture sans enfant, ça ne ressemble pas du tout du tout à 800 bornes en voiture avec enfant. Surpriiiiiise ! (bonne, est ce la peine de le préciser ?)(avez vous déjà tenté l'expérience de 800km avec un deux-ans-et-demi du genre remuant et impatient ? C'est un bon aperçu de l'enfer mais je préfère ne pas en parler, le traumatisme est encore trop frais).

Ensuite, j'ai donc testé pour vous le week-end sans enfant.
Pas beaucoup d'amélioration sur le front schizophrénique, je le crains.

Il y a bien sûr la joie de la grasse matinée.
Sauf quand il fait 39°C dehors, 31°C dans la chambre, bien sûr.
Bon, tant pis, on va se lever tôt puisque le lit sent le chacal et que le contact des draps devient insupportable. Comme ça, la journée sera plus longue, et on pourra encore plus en profiter !

HAHA.

Il fait toujours 39°C. Hors de question de sortir se balader ou manger en terrasse, l'extérieur est HOSTILE.
Pas grave, on peut comater comme des grosses loques en surchauffe devant des séries, c'est chouette aussi.
Et puis, tu l'entends ce silence dans la maison ? Pas de cris, pas de bruit de roulettes de trottinette sur le parquet, pas de vols planés de petites voitures ou de légos, non, juste le silence...
Ça fait bizarre, hein ?
Mon dieu que j'ai envie de l'entendre rire. On l'appelle ?

Tiens, il fait faim. Et si on se nourrissait de vache qui rit, de yaourts, de glaces, et de gâteaux ? Oh que c'est bon de ne pas avoir à préparer à heure fixe des repas à peu près équilibrés qu'on a une chance sur deux de se faire envoyer à la gueule par un enfant qui ne rêve que de pâtes.

A ton avis, il mange bien là-bas ? On l'appelle ?

Un peu de surf sur internet sans enfant, c'est l'assurance de ne pas se faire interrompre par une requête urgente et incontournable pour un Tchoupi sur Youtube. Satisfaction ultime.
Tiens regarde cette photo, il est mignon, hein ? Oh la la, regarde là comme il était petit ! C'est fou comme il a changé vite, hein ? Tu crois qu'on va le trouver grandi à son retour ?
Et si on l'appelait ?

Arrive un moment étrange, où toutes les pièces de l'appartement ont été seskuellement baptisées (il était temps, l'emménagement date de 4 mois maintenant), où l'idée de regarder un épisode de série supplémentaire donne la migraine, où Twitter et Netvibes ne proposent plus de mises à jour malgré l'insistance de mes rafraîchissements, et où, imbibée de junk food et d'alcool, je suis littéralement frappée par la question qui tue :
Mais qu'est ce qu'on faisait AVANT ? Je me souviens d'avoir eu une vie trépidante avant de me lancer dans la folle aventure de la procréation. Depuis, j'ai eu de nombreuses pensées émues pour cette vie d'avant, pour cette liberté un peu perdue. Alors pourquoi tout me semble aussi vide maintenant ?

Bon bon, pas d'affolement, il reste 5 jours sur un rythme boulot, là, on va VRAIMENT apprécier d'être un peu moins speed, c'est sûr.
En attendant, on l'appelle ?

C'est donc avec un quasi-soupir de soulagement que nous avons repris du chemin du bureau.
5 jours sans avoir à lever, négocier, habiller, déposer à la crèche, sans course, sans stress, et sans retard. Alléluia.
5 jours d'apéro-cocktails, de resto, de sorties et de films. Alléluia bis.

Et puis les grands-parents qui, timidement, nous disent que le Crampon trouve le temps long. Qu'il nous réclame. Qu'il veut rentrer à la maison.
GLOUPS. Séisme dans mon ventre.

Pour finir, ces dernières heures d'attente, les plus longues. Il est dans une voiture, à quelques dizaines de kilomètres, et le temps, ce salaud, s'étire. L'appartement est parfaitement rangé, il faut bien s'occuper pour éviter de tourner en rond. Son cadeau, immense, l'attend dans sa chambre. Ça lui plaira, tu crois ? A tout les coups il va bouder au début, pour bien nous faire sentir qu'on est des parents terribles et qu'on ne doit plus jamais lui faire ce coup-là.
Non mais ils sont où là ? Il y a des embouteillages ou quoi ?
Allez, encore 5 minutes à tenir avant mon shoot d'odeur de mon bébé, avant d'avoir ses petits bras agrippés à mon cou. 
Putain je ne vais pas tenir.
Bon, je vais les attendre en bas.

lundi 29 août 2011

La saga de l'été (1/3)

AVANT

Cet été, le Crampon a été confié aux bons soins de ses grands-parents pour une semaine, pendant que nous reprenions péniblement le chemin du bureau.
Mon état d'esprit à la perspective de cette séparation de 7 jours, 7 nuits, 7 siestes, 800km,  14 repas, 40 câlins, 254 colères, 12 bisous et  142 crises de hurlements est difficile à définir.
Un genre d'ambiance bipolaire dans mon cerveau.

D'un côté (mon côté mère indigne), une grosse envie de sautiller partout à la perspective d'une semaine en amoureux, des folles soirées cocktails - ciné - resto - bar, du seske à toute heure et en tout lieu de la maison (les parents d'enfants rechignant à faire la sieste, mettant des plombes à aller se coucher le soir, et opérationnels pour retourner la maison dès 7h le matin me comprennent), des réveils en douceur, des matins sans course-poursuite autour de la table à langer, de la LIBERTE, tout simplement.

De l'autre côté (mon côté mère poule), mon désarroi face aux sanglots du Crampon à l'évocation de cette séparation, mon désespoir devant sa panique d'être abandonné, ma panique à l'idée seule de la souffrance de mon enfant, mon bébé, la chair de ma chair, le sang de mon sang, la 8ème-merveille-du-monde-que-c'est-moi-qui-l'ai-fait,-si,-si,  ma culpabilité et la déchirure de mon petit cœur de mère-midinette.

Et entre ces deux points de vue, une alternance toutes les 3 minutes et demi environ.
Et rapidement, une envie de hurler pour que cesse cette schizophrénie très légèrement fatigante (finalement, chéri, et si on passait cette semaine sans enfant en hôpital psy ? Non ? Tu es bien sûr ? Bon ok alors aurais tu l'amabilité de m'assommer pour que j'arrête de penser ? Merci mon cœur, bisous).

Faites des enfants, qu'ils disaient, c'est la NATURE, c'est le CYCLE de la VIE, c'est SAIN, c'est ÉQUILIBRANT, c'est ce que font les gens NORMAUX.
La vérité, croyez moi, c'est qu'une fois qu'ils sont nés, l'hôpital psy n'est jamais bien loin.