mercredi 20 septembre 2006

Mon ancienne vie de star hollywoodienne

Je parlais hier de ma vie d'avant, quand moi aussi je partais en voyage d'affaires, et je me suis dis que c'était une belle occasion de me la péter, alors pourquoi s'en priver ?

Dans ma vie d'avant, je faisais de la recherche appliquée (déjà ça, ça la pète un peu, non ?).
Dans ce domaine, il se trouve qu'on communique et qu'on publie.
Rien avoir avec la télévision ou Biba je vous rassure.
On publie des articles dans des revues scientifiques que personne ne lit (mais qui rendent papa et maman siiii fiers !!!), et on va en conférence pour valoriser ses résultats.

Loin de moi l'idée de généraliser mon propos, mais ma petite expérience dans les conférences scientifiques devrait contribuer à démystifier la recherche appliquée (dans mon secteur en tout cas).

Commençons déjà par la localisation. Oui, cela peut paraître anodin, mais en fait c'est sur ce paramètre que repose le succès de la conférence!
Si la conférence est organisée en hiver à Kökchetaou au Kazakhstan (ça existe je vous signale, un peu de respect pour les kazakhs) les chercheurs du monde entier risquent de se trouver de bonnes excuses pour ne pas venir et la conférence ressemblera à une boîte de nuit à 22h30.
Si elle est par contre organisée à Bondi Beach (Sydney, Australie), il est clair que les chercheurs du monde entier vont se décarcasser pour trouver le budget nécessaire à leur déplacement. Par contre, une fois sur place, ne rêvez pas, entre la plage et la salle climatisée de la conf, les chercheurs sauront choisir...

Il s'agit donc d'entuber le chercheur en lui faisant miroiter une destination exotique, et en général, une fois sur place, de le parquer dans une université à 50 kilomètres de la ville et de toute vie humaine.
Le chercheur débarquant à Sydney en tong et short à fleurs et demandant au taxi de le déposer à son hôtel (en général, choisi sur le lieu de la conf par les organisateurs) sera donc bien dépité de découvrir son lieu de villégiature dans l'arrière pays (traduction : dans le bush australien). Certes, le bush, c'est rouge et joli, mais il y fait 45 degrés à l'ombre (encore faut il trouver de l'ombre) et les loisirs y sont restreints, hormis l'observation des insectes géants.
Finalement, le chercheur se résignera à apprécier la fraîcheur climatisée et fera semblant de s'intéresser aux travaux de ses collègues.

Ma vision est certes un peu particulière car dans ma partie, il m'est souvent arrivé d'être la seule représentante du sexe féminin au milieu d'assemblées de 400 hommes en goguette.
S'il vous restait quelques illusions quant à la nature humaine, sachez que les hommes en conf' sont en général à la recherche d'expériences sexuelles.

Bon, certains font venir leur femme, ce qui est sans doute une attention louable, mais qui m'a toujours fait beaucoup de peine. Les 'femmes de' errent autour de l'hotel (au milieu du bush je le rappelle) toute la journée, en attendant que leur époux vienne les chercher pour le dîner.
Les autres, pas fous, ont bien compris les avantages d'être à des milliers de kilomètres de femme et enfants, en général avec un décalage horaire significatif (et donc une grande difficulté pour les conversations téléphoniques, et puis tu sais, chérie, le portable ne passe pas ici dans le bush).
Ni vu, ni connu, telle est leur devise.
Certains s'éclipsent du cocktail de fin de journée et tentent de repérer les quartiers à prostituées. Une manière comme une autre de découvrir la culture locale. (parfois je suis tellement cynique que je me fais peur)
D'autres, moins aventureux, parcourent du regard la salle à la recherche d'une proie scientifique (c'est tellement plus intellectuel).
Les plus sages se contentent de chercher la compagnie d'une femme pour discuter, parce que c'est quand même plus agréable qu'une tablée de vieux chercheurs imbus de leur personne (les chercheurs ont parfois une fâcheuse tendance à penser qu'ils sont les seuls détenteurs de la vérité).

Là, à vous de croiser les informations : chercheurs en recherche de femelle, et Fyfe souvent seule femelle de la population...
Je dois dire, que mon égo a été flatté à plusieurs reprises...
J'ai eu quelques propositions simples (poliment refusées et sans conséquences), quelques gros lourds (évités ou rembarrés), mais cela reste anecdotique.
Il me reste surtout des souvenirs de star hollywoodienne.

Un document qui m'échappe des mains ? Une poignée de scientifiques de haut niveau se précipite pour m'éviter d'avoir à plier mes féminins genoux.
Une pause cigarette ? Les gens se battent pour m'entretenir sur ma prestation de la veille (pourtant bien moyenne).
Un dîner ? Une dixaine de propositions pour choisir mon siège.

Le tout avec un grand respect de mon travail (je n'étais pas considérée comme un potiche malgré mon jeune âge), ce qui est peut-être le plus étonnant.

Pfff... nostalgie...

Aujourd'hui je travaille avec beaucoup de femmes, et franchement, je regrette le bon vieux temps où je m'étais battue pour mériter le respect de mes collègues masculins.
Je ne vais pas tout de suite être désagréable et aborder la sinécure que représentent les relations professionnelles entre femmes, ça fera l'objet d'un futur post (et j'en ai, des choses à dire sur ce sujet).

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Encore une fois, comme ce que tu dis est vrai...
les conférences à pétaouchnoque,
toujours au milieu de nul part quand on a pas pu louer de voiture
avec des gens qui "s'la pètent",
pendant les repas, tu te demandes dans quel monde tu es tombée..

Mais toujours avec l'espoir de rencontrer une personne qui va voir ton exceptionnel potentiel et te proposer un poste à ta valeur (c'est ce que je me disais le soir, seule, dans ma chambre d'hôtel...)

Anonyme a dit…

ouhaaa! ca donne envie de rester éduc! ;o) cela dit j'ai adoré visité cette étrange faune... et je me demande de quel profil fait parti mon mari quand il part en séminaire?? hum non finalement je vais pas me poser la question...

Fyfe a dit…

Mady, je suis une privilégiée avec un boulot assuré à vie... Du coup, je pouvais être un peu plus détendue! Pas moyen de viser des conf' 100% masculines dans ton secteur, histoire que tout le monde remarque l'exceptionnel potentiel que tu as très certainement ? ;-)

Winon, ton mari serait bien bête de ne pas rester dans la catégorie des 'sages' avec une Winon à la maison ! ;-)

Anonyme a dit…

ah, l'université de Kalamazoo, du bonheur au milieu du Michigan...en même temps, sans être dupe, voir tous ces chercheurs intéressés par nos propres recherches c'est de l'énergie pour quand, à Paris, on rame toute seule...
ton post sonne tellement juste.

Fyfe a dit…

Oui, Paulette, c'est vrai que ça remonte le moral. Pas sûr que les collègues étaient interessés par mes recherches, mais je m'en contente ;-)

Anonyme a dit…

fyfe, le malheur pour mon égo c'est que ces séminaires sont très masculins...

Fyfe a dit…

Mady, les voies des hommes sont impénétrables (ah non c'est pas ça ?)...
Si ça se trouve, tu les impressionnes tellement qu'ils n'osent pas t'approcher!
Si ça se trouve, je passe pour une fille qui s'allonge facilement parce qu'elle ne peut pas se permettre de faire la difficile ??!
Si ça se trouve, les hommes sont idiots?