J'adore que mes chanteurs ( /chanteuses / groupes) favoris me sussurent leur musique à l'oreille pendant mes ballades urbaines.En temps normal (comprendre "sans écouteurs"), mes trajets parisiens sont caractérisés par une indifférence totale à la vie autour de moi.
Au chaud dans ma bulle, je lis (oui, oui, même en marchant. Ca peut être périlleux mais j'ai tellement de mal à refermer certains bouquins...), ou, plus simplement, je me perds dans mes pensées. Mes neurones divaguent ici ou là, et je ne remarquerais pas Yannick Noah s'il s'asseyait à côté de moi dans le métro. Je ne l'entendrai probablement pas non plus s'il m'interpellait dans la rue pour me dire que je suis belle et qu'il veut m'épouser là maintenant tout de suite. C'est pour dire à quel point je suis capable de me fermer au monde extérieur quand mes neurones n'y mettent pas du leur.
Et c'est bien dommage. Qui sait combien de mariages j'ai raté par pure incurie ?
Heureusement, l'arrivée d'un lecteur de mini-disc dans ma vie, il y a déjà quelques années, a révolutionné mes déambulations urbaines.
Curieusement, ces voix qui ne parlent qu'à moi ne m'enferment pas plus dans ma bulle. Au contraire, cette douce sensation d'écouter ce que personne d'autre ne peut entendre me rend incroyablement aware (copyright Jean-Claude Vandamme et j'assume).
Tous mes sens sont en éveil. Je regarde les gens autour de moi, et j'imagine qu'ils sont les personnages des chansons que j'écoute.
Si ce que j'écoute est triste, j'ai envie de pleurer.
Si ce que j'écoute a la pêche, je me sens légère, prête à marcher des kilomètres (cela implique que j'arrive à oublier que mes pieds sont écorchés par ces saloperies de chaussures à talon neuves, c'est dire si c'est magique).
Si ce que j'écoute est subtil, je me sens intelligente (et je prépare mon discours de remerciement pour le prix Nobel, pas folle la fille).
Mais d'où vient cette folle énergie insufflée par les écouteurs ? De la libération du romantisme latent que j'ai à l'intérieur de moi j'en ai bien peur. Adieu cynisme, ironie et pessimisme. Chantez moi à l'oreille et je mute en Alfred de Musset. J'ai un peu honte quand même.
Un jour, dans le PC1, Mathieu Chedid me murmurait une histoire de bonobos (paroles ici pour les très très curieux), pointant du doigt la prétendue supériorité humaine sur le règne animal (bon, je ne suis pas du genre extrêmiste de la SPA, loin s'en faut. Force est toutefois de constater que les bonobos, eux, ne fabriquent pas des bombes atomiques, et n'ont pas l'intention de coloniser l'espace. Bon en même temps, les bonobos, ils ont disparus alors... Bref, c'est triste, non ?).
Cette histoire m'inspirait un mélange de tristesse et de rage, et mes yeux s'humidifiait à l'insu de mon plein gré.
Je me préparais à descendre comme chaque soir à la Porte d'Orléans, pressée d'aspirer enfin une bouffée d'air frais (ceux qui pratiquent ou ont pratiqué le PC1 et ses pervers seskuels me comprendront).
Porte d'Orléans aux heures de pointe.
Mathieu dans mon cerveau, et autour de moi, des voitures, des klaxons, des bus, des gens pressés.
S'empare de moi un rituel 'Putain keske j'fous là alors que la l'herbe est manifestement plus verte ailleurs. Enfin, au moins, ailleurs, il y aura peut être de l'herbe, ailleurs. Et si je devenais un bonobo ?'. Ouais des fois je pars dans des délires de ouf comme si j'avais fumé la moquette alors que je sors à peine du boulot.
C'est à ce moment là que je le vois. Mathieu Chedid et sa guitare battent le pavé de la porte d'Orléans.
Mon coeur s'arrête. C'est un signe, c'est le destin, c'est évident.
Hum...
Oui mais un signe de quoi ?
Bon, ben ça je ne sais pas... Que je dois aller étudier les singes en Afrique ? Epouser Mathieu Chedid ?
Depuis cet épisode, je me suis séparée de l'Homme détenteur du graveur de mini-disc qui me permettait d'alimenter mon simple lecteur, j'ai donc eu une mauvaise passe, pleine de ballades citadines non musicales et vide de signes du destin.
Et puis mes 30 ans m'ont permis de m'ipodiser et je peux enfin marier ma branchitude et mon romantique échevelé. Trop cool.
12 commentaires:
C'est marrant moi aussi ça me fait pareil. Ca me semblait bizarre que je me rende aparemment plus disponible au monde alors que je m'en coupe volontairement au niveau sonore. En fait je crois que c'est tout simplement parce que j'ai envie qu'on me fiche la paix dans la rue, et l'habitude te dicte les comportements à adopter pour qu'on te la fiche, la paix). Donc je marche (je fonce) droit au but, sans faire gaffe à ce qu'il se passe autour. En revanche, avec des écouteurs, je sais qu'on va me ficher la paix puisque je n'entend rien. Fastoche. Du coup je peux regarder autour de moi. Avec mon lecteur MP3 j'ai découvert les toits de ma ville, comme autrefois avec mon walkmann...
Et ce que j'adore par dessus tout, c'est quand j'ai une chason dans les oreilles qui correspond parfaitement à mon humeur. Quand je marche d'un pas léger au rythme d'une musique entrainante.
Si les bonobos pemettent de fair apparaitre Matthieu Chédid, alors ça serait cool qu'un jour les pancakes à la banane fassent apparaitre Jack Johnson et les beaux lendemains fassent apparaitre les Sarah Polley.
Mais bon, je ne rêve pas trop, c'est déjà un miracle lorsque je traverse une rue sans me faire tailler un short par une kékémobile (celles avec la moquette sur le volant) alors que j'écoute paisiblement les mélodies du réveil signées Pantera ou Dream Theater.
PsiCoyote, aussi adepte du métro (lillois) dans sa bubulle à lui
Comme toi, je lis en marchant et ça me coupe du monde. Pour M, c'est peut être le signe d'aller vivre avec les bonobos, qui sait? tu tentes?
Cely, ton analyse me plaît bien ! Par contre faut que tu m'expliques comment tu as découvert les toits de ta ville ! T'habites chez les shtroumfs ou tu te ballades de balcon en balcon, genre Spiderman ?
Oh la la Psicoyte, tu m'obliges à avouer que je ne connais pas la moitié des artistes que tu cites ! Faut que je revois ma culture musicale... Honte sur moi !
Liloe, lire en marchant, ça coupe du monde seulement dans une certaine mesure ! Parce que les passages piétons, crottes de caniches, et piétons dans la lune qui ne nous évitent pas, ça fait un peu sortir de sa bulle quand même ;-)
Oui-oui, j'ai oublié de te préciser que je mesure la très honorable taille de 12m50... J'ai donc une très belle vue des toits :o) - un instant je me suis visualisée sauter d'un balcon à l'autre... morte de rire :o) je viens de perdre toute crédibilité au bureau...-
Non sérieusement, je lève le nez, et vu d'en bas on les voit aussi, les toits, les terrasses, les jardins aériens,... Essaie, tu verras (par contre c'est fatal au niveau crottes, faut être vigilant..)
Comment as-tu fait pour transférer tes minidiscs vers l'ipod? Y a un truc à brancher qui s'achète quelque part?
QUOI !!!!
je m'en vais me cuisiner des tonnes de pancakes à la banane !
je viens juste de decouvrir les podcast (oui, je sais , je débarque...) et ça aussi c'est très bien !
comme tu sais bien faire rêver...
Cely, ma résolution du jour consistera donc à m'acheter des bottes en caoutchouc et à lever le nez ;-)
Madame Patate, je n'ai rien transféré du tout, désolée ! Je sais que le graveur de minidisc de mon Ex se branchait sur l'ordinateur... Vu comme ça, ça doit être transférable ?
@lex, tu ne débarques pas tant que ça, moi je ne suis pas encore passée à l'ère du podcast... C'est ma prochaine étape dans le monde merveilleux de la technologie ;-)
Winon, c'est gentil, mais c'est du rêve à la portée de toute oreille, alors ;-)
C'est marrant, je me retrouve complètement dans ce que tu dis... et les rencontres de ce type laà, celle qu'on imagine même pas, je les connais aussi!
Tout ça me donne envie de prendre mon i-pod et d'aller, là, tout de suite, me promenr dans Paris sous la pluie, avec une musique qui ira parfaitement avec!
"I'm siiiiinging in the raaain... Just siiiinging in the raaaaaaain"
Bon... Peut être que tu as mieux pour ta ballade sous la pluie !
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