jeudi 10 août 2006

Neuneuland

Hier soir, j'ai eu une révélation qui n'a rien de divine.
Arte diffusait le second épisode du documentaire de William Karel : "CIA : guerres secrètes".


A tous ceux pour qui la CIA évoque en vrac :

- Jack Bauer, qui en est à son 5 ème sauvetage de la planète et tient encore une bonne forme,

- Sydney Bristow (Alias) et Vaughn (le deuxième homme le plus beau du monde) qui font trois fois le tour du monde par épisode pour des missions 'under cover' et qui battent le record du monde du nombre de Miles Skyteam,

- Les experts de Miami, Las Vegas, etc. (ok, ça n'a rien à voir avec la CIA mais quand même vous admettrez qu'il s'agit de l'élite de la nation américaine en matière d'investigation),

- Et tous les profilers, experts en nombres (si, si, ça existe), et autres médiums que comptent les services d'investigation américains,

A vous donc, asseyez vous, c'est plus sûr, car ce que je vais vous annoncer risque de vous bouleverser.
Bon, l'épisode du 11 septembre avait déjà fait planer quelques sérieux doutes sur l'efficacité de la CIA.
Sans compter sa mauvaise réputation suite à de nombreuses années d'entretien de diverses dictatures en Amérique Latine, et autres joyeusetés.

Pour ma part, je m'imaginais des services compartimentés (secret défense oblige), des employés plutôt brillants, et un directeur plus ou moins à la botte du President of United States of America (ça fait toujours classe comme intitulé de job).

Mon statut de fonctionnaire m'a donné une petite expérience de la redoutable efficacité des services proches du pouvoir. En gros, chaque chef veut devenir grand chef à la place du grand chef. Ca, c'est le constat de base. Pour y parvenir, les chefs ont deux solutions :
- travailler mieux que les autres
- empêcher les autres de travailler

Bien sûr, la première solution est adoptée de manière tout-à-fait anecdotique (elle implique de travailler ce qui prend beaucoup de temps et d'énergie. Oui, le travail, ça fatigue).
La plupart du temps, les services choisissent plutôt de neutraliser leurs concurrents (c'est bien plus rigolo).
Conclusion, on en arrive à des situations ubuesques avec des gens occupés quasiment à plein temps à mettre des bâtons dans les roues du reste du monde.

Bon, ce n'est pas glorieux, je vous l'accorde, mais je connais ce système depuis un petit moment, et je sais qu'on le retrouve presque partout quand on s'approche du pouvoir, alors cela fait partie des choses que je pouvais imaginer pour expliquer les dysfonctionnements soupçonnés de la CIA.

Le 2ème épidode du documentaire de William Karel m'a presque fait rire.
Pas facile avec le sujet de la guerre froide et de l'Afghanistan !

C'est ça la révélation du jour... La CIA ne souffre pas de dysfonctionnements, non, pas du tout !
La CIA c'est la fête à Neuneu ! Bien loin de Jack et Sydney B. (non ils ne sont pas mariés)...

Franchement, voir cette ribambelle de directeurs de département, ex-directeurs de la CIA, et conseillers en tout genre expliquer avec la naïveté d'enfants de 12 ans qu'eux ne pensaient vraiment pas que l'URSS s'éffondrerait, qu'ils ne pensaient pas du tout non plus que financer et armer les extrémistes afghans (et notamment Ben Laden) pour qu'ils battent les soviétiques pourrait avoir d'autres conséquences. D'ailleurs une fois le conflit en Afghanistan terminé, ils ne se sont plus du tout préoccupés ni de ce que deviendraient toutes les armes dans les mains des extrémistes, ni de l'état du pays (état lamentable, bien sûr, le meilleur terreau du monde pour le terrorisme).

Bref, c'était un peu la fête à Neuneuland.
Chacun avait son intime conviction, son idée personnelle à propos des soviétiques, des Afghans, de la guerre froide etc.
A aucun moment ils ne parlent de preuves. Vous savez, tous ces trucs qu'utilise sans arrêt Jack Bauer : les satellites, le décodage des données, l'espionnage, les hypothèses, etc.

A croire qu'il n'y avait pas un ordinateur à la CIA. Comme au café du commerce, chacun y va de son intime conviction. On imagine les discussions autour de la machine à café pour envisager la suite de la guerre froide. Une fine équipe de bras cassés...

Conclusion cinglante de cet épisode, donnée par un ex-haut placé de la CIA : " Finalement, chaque fois qu'on pense que les Américains ont touché le fond de la bêtise, ils sortent un truc encore plus débile."
(Bon, la citation ne doit pas être tout-à-fait exacte, mais le sens est là).

Après le visionnage de cet excellent doc, sachez que je me tape la tête contre les murs à l'idée d'avoir raté le premier épisode.
Heureusement, il en reste un, diffusé la semaine prochaine sur Arte.
Ca va saigner !

7 commentaires:

Anonyme a dit…

andouille que je suis, j'ai oubliée de regarder ces doc' dont j'avais, pourtant entendu le plus grand bien.. ton résumé donne envie de se plonger dans le dernier "épisode"

Fyfe a dit…

Mady, nous avons toutes deux une chance de nous rattraper, mais au prix de 32.93 euros (le DVD est vendu à la FNAC : http://www.fnac.com/shelf/Article.asp?PRID=1581671 )
Pas donné quand même...

Anonyme a dit…

ouais, quand même.. j'ai regardé sur leur site mais il n'est apparemment pas prévu de rediffusion pour l'instant.. domage (une chose de plus à mettre sur ma liste des actes manqués!)

Fyfe a dit…

Le troisième épisode est passé hier, mais j'étais crevée et je me suis endormie au milieu...
A acte manqué, acte manqué et demi ;)

Anonyme a dit…

Je l'ai regardé.. tu as raison en comparant la CIA à Neuneuland... à rire JAUNE (on n'est pas très loin des personnages soit disant fictifs des Guignols!)

Fyfe a dit…

C'est bien ce qui m'avait semblé : une vraie parodie d'eux-mêmes !
On doit quand même leur accorder une chose : ils n'ont pas peur de l'auto-critique !! Tous ces ex-directeurs parlaient très librement... On ne verrait jamais ça en France...

Anonyme a dit…

C'est sûr, vive le beau pays où l'équipe de Joyeux Noël n'a pas obtenu l'autorisation de tourner en france, 90 ans après...